Petit article expiatoire car je commence à en avoir plein le cul.
Le monde semble se diviser en deux catégories : ceux qui ne dérangent pas les autres et ceux qui ne se rendent pas compte que les autres essaient de ne pas les déranger. Je fais partie de la première catégorie pour plusieurs raisons :
- je suis un humaniste et la gentillesse est une valeur essentiellement humaine.
- je suis un suiveur, je n'aime pas me mettre en avant.
- j'ai reçu une éducation "à l'ancienne" comme dirait DJ Abdel.
- je crois que c'est une façon tout à fait convenable de se comporter.
Bref, je n'emmerde pas mon monde, j'estime que le minimum est que celui-ci ne m'emmerde pas en retour. Je ne demande même pas de la reconnaissance, non. Je demande juste l'oubli. Laissez-moi peinard, dans mon coin, je ne demande rien à personne.
Alors pourquoi, depuis quelques semaines, tout le monde s'acharne à venir m'emmerder? Hein? Pourquoi? J'ai pas envie de m'étaler sur mes petits problèmes personnels mais ces derniers sont tellement nombreux en ce moment que je commence à péter les plombs un peu partout. Un jour, une mamie un peu insistante dans une file d'attente de la boucherie va se prendre une salade de doigts imméritée et ce sera de votre faute.
Certes, un peu de charisme n'est pas un mal. Mais ce n'est pas la peine de me traiter comme une merde, de me prendre pour le sac de sable de service et de vous défouler sur moi parce que vous savez que je ne dirais rien. Alors merde, laissez-moi tranquille.
PS : A l'inverse, je voudrais remercier certaines personnes plus réfléchies qui font que je n'ai toujours pas égorger certains trous du cul. L'une (qui est en vacances) se reconnaitra. Merci.
Jusdelitchi, qui est quelqu'un de bien, a mis son petit doigt fin et agile sur le problème de l'avenir. Moi, je mets mon gros doigt boudiné et plein de crottes de nez sur ce problème parce qu'il est intéressant.

Quand on est jeune, la question est somme toute assez banale : que veux-tu faire plus tard? Tout le monde la pose : parents, famille, instituteur... Au passae, d'ailleurs, si l'on pouvait réaliser le rêve de tous les enfants, les casernes de pompiers seraient sacrément fournies (arrêtez de rêver mesdames), tout comme les infirmeries (arrêtez messieurs) et les cockpits d'A380 (arrêtez mesdames, je vous ai dit). Quand à l'espace, n'en parlons pas, il serait plein de petits Neil Armstrong en bottines argentées.
On nous pose donc souvent la question mais au fur et à mesure que les années passent, elle devient de moins en moins innocente. Dans l'air interloqué de vos parents/profs/conseillers d'orientation à lunettes, on voit poindre la question ultime : tu vas te caser, oui ou merde?
Il faut bien l'avouer, pour un enfant de 10 ans, savoir ce qu'il va faire dans autant d'années pour 4 fois le temps qu'il a passé sur terre, la question est plutôt incongrue. Autant demander à votre grand mère de 80 ans ce qu'elle fera de 160 ans à 480 ans. Rien, vous rétorquera-t-elle mais tout ceci n'est que fuite en avant à peine masquée. Bref, quand on est jeune, c'est pas simple de savoir ce qu'on va aimer plus tard. Déjà que souvent, on hésite entre le ketchup et la moutarde, entre Bioman et Power Rangers, entre Rachel et Monica... En plus, les gens ont le chic pour vous le rappeler de plus en plus souvent quand l'échéance approche. Souvent, ça donne ce genre de discussion :
"Alors? Tu vas faire quoi comme fac'?"
"Ben, chais pas, chuis en CP tonton."
Perso, ma politique a été celle de la facilité : la politique du non choix. Ou plutôt du choix qui n'en est pas un. C'est la technique des lâches, je l'avoue mais bon, j'ai jamais eu une âme de Superman. Ni le slip d'ailleurs. Par contre, le non-choix nécessite une certaine dose de chance.
Aujourd'hui alors, qu'en est-il? Et ben ça y est. J'ai fini le chemin de l'orientation puisque je suis dans le monde du travail. Et le résultat est que ma technique du non choix a terriblement bien porté ses fruits. C'est cool. Après, si je devais en tirer une morale, je dirais que la tortue a peu être gagné, mais sans beaucoup de panache. Concernant mon histoire, je dirais que la morale serait que j'ai beaucoup joué avec le feu mais que j'avais des vêtements inifugés. Mais que ce n'est pas la solution.
J'imagine qu'il faut pousser les gens à faire un choix un jour ou l'autre. Mais personnellement, mon amour du doute m'interdit un tel choix. Et je sais que je ne suis pas le seul. Donc comment faire? Parce que bon, savoir qu'on va aimer faire des comptabilités de PME/PMI dans l'agroalimentaire, c'est pas facile à 15 ans. Encore une fois, pas de réponse. Alors que dire? Rien. Comme disent les rois du ping pong, "si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence ferme la".
Il faudra bien crever l'abcès un de ces jours : non, la tour Eiffel n'est pas un énorme phallus à la gloire d'un machisme hexagonal (sic).
Petit retour en arrière, il y a maintenant quelques décennies. Le petit Sigmund nait un 6 mai 1856 (le 6 mai, ça me dit quelque chose) dans ce beau territoire joyeux et pétillant de Moravie. On ne le sait pas encore, mais le petit Sigmund va changer la face du monde. ET surtout va faire entrer la bourgeoisie dans le club très ouvert des amateurs de blagues de cul.
Sigmund vit donc une enfance que je qualifierais d'inconnue pour moi. Je m'en branle, je n'aime pas les gens pour ce qu'ils sont, mais pour ce qu'ils font. Sigmund donc a une enfance. Comme tout le monde. Puis un jour, il se décide à devenir médecin. Et puis il décide un jour d'écouter les gens : la psychanalyse était née (c'est bien raconté, on s'y croirait).
Donc, passons sur la vie de Freud. Intéressons-nous plutôt à sa théorie. Ce monsieur développe donc la théorie selon laquelle tout tourne autour de la libido. Du sexe en gros. Je dirais même plus, du gros sexe.
Quelques décennies plus tard (aujourd'hui si vous suivez bien les aller-retours narratifs), on a totalement simplifié la théorie freudienne. Pour résumer la chose, tout ce qui est long et dur est une bite. La tour Eiffel, une batte de base-ball, une carotte, le service militaire, etc... Bref, j'en ai plein le cul. Ah ah ah.
Ce qui me fait rire dans cette histoire, c'est que Freud a trouvé le moyen ultime pour permettre aux intellos de faire de l'humour graveleux : la caution médicale. Avant, Charles-Antoine ne pouvait pas dire de blagues de cul, les mots "bite" "couille" et "poil" étant très vulgaires. Or, tout le monde aime les blagues graveleuses. Donc Charles Antoine se morfondait dans son château d'argent. Grâce à Freud, il peut maintenant le faire. "la tour Eiffel a un aspect phallique". Voilà qui est classe. Phallique, ça vient d'un lointain latin, c'est chargé d'histoire et de conquêtes guerrières.
Il faut bien l'admettre, c'est plus classe que de dire "ça ressemble à une bite". Mais bon, c'est le même fond. Bref, le succès de cette théorie vient surtout du fait qu'elle fait vibrer une corde sensible de l'être humain (oh oh oh) : le sexe.
Maintenant, imaginons que le jeune Freud eut un père maraîcher et une mère éplucheuse de carottes. Freud devient quand même médecin. Mais au lieu de baser sa théorie sur le sexe, il la base sur les carottes. Voilà ce que serait le monde d'aujourd'hui.
"La vache, la tour Eiffel, on dirait une grosse carotte. Si ça c'est pas la preuve que les français sont des gros mangeurs."
"C'est vrai que cet objet est très... carottique! hi hi hi"
"Cette oeuvre d'art est comme un carotthus géant à la gloire de l'agriculteur"
Bref, c'est moins drôle, mais c'est pas moins con pour autant.
En somme, je voudrais que l'on arrête de se cacher derrière le phallus de Freud pour faire de l'humour gras. Et arrêtons de donner une caution médicale à tout ça. Et puis arrêtez de dire que la tour Eiffel est un phallus. Même inconsciemment. C'est juste une tour. Arrêtez de voir un sens caché. Ce n'est pas parce que je préfère visiter les grottes que je suis quelqu'un d'"anal", que j'adore le désert que je suis "mamellaire"... je me rends compte que je m'emporte mais que j'ai fichetrement raison.
Bref, arrêtons de voir des phallus partout. N'est-ce pas annie?

Une vieille commande enfin honorée. T'as le droit de pas aimer. J'aurai le plaisir d'en refaire une.
Tout le monde connait la théorie du battement d'aile du papillon. Là-bas, au fin fond du Pacifique, un animal aux ailes bleues, jaunes, rouges et vertes (tant qu'à faire, autant qu'il soit beau) s'évertue à combattre l'attraction terrestre. Et ici, à plusieurs milliers de kilomètres, à quelques heures d'intervalle, un terrible coup de vent fait voler le toupet de votre professeur de sport, être terriblement préoccupé par sa calvitie.

Cette théorie, c'est l'idée selon laquelle un rien peut changer une vie. On trouve une pièce d'un euro dans la rue, juste devant la PMU du village, on achète un millionnaire avec cette pièce, hop les trois télés, on fait la bise à Risoli (désolé, je suis de la vieille école, celle des patatas cuitas) et on gagne 1 million de francs devant un parterre de mamies envieuses.
Bref, c'est un peu la théorie la plus humaniste qui soit : tout peut arriver, la vie n'est pas monotone. C'est beau, ça permet d'écrire des livres et de ne pas se suicider à une corde à sauter. Mais bon, personnellement, cette théorie ne me botte guère. Je lui préfère une théorie de mon cru : la théorie du coup de boule de mammouth.
Ici, à 15 cm de mon nez, un mammouth aux pattes velues, sales, boueuses (tant qu'à faire, autant qu'il soit moche) s'évertue à défier les lois de la physique et d'un coup vif et précis, m'administre un coup de boule monumental dont il a le secret. Et ici, 15 cm plus loin, une demi-seconde plus tard, je n'ai pas bougé d'un poil de cul de poussin (et pourtant, c'est fin du poil de cul de poussin). C'est la théorie du coup de boule de mammouth. C'est moins glamour que la théorie du papillon, mais faut s'y faire, parce que je ne suis pas là pour vous faire rêver. Bref, c'est l'idée selon laquelle des grands événements peuvent n'avoir aucun effet sur le cours de votre vie.
Pourquoi parle-je de ce mammifère aujourd'hui disparu? Parce que, l'air de rien, quand je regarde en arrière, ma vie ne ressemble pas trop à un chemin parsemé de papillons virevoltants, mais bien de mamouths inefficaces.
Si j'osais, je ferais une métaphore. Et comme ici j'ose, et bien je me lance. La vie ressemble à ce chemin tortueux que je prenais pour aller chercher le pain étant jeune : aller au bout de la rue, prendre à droite sur la dernière place, aller au fond de cette place pour trouver un petit chemin ténébreux entouré de ronces effrayantes, aller au bout de ce chemin, affronter, au sortir de ce bois, le terrible chien qui sort en courant de sa niche, puis affronter la circulation dense de la ville et enfin arriver à la boulangerie. Puis se taper le retour avec un pain maison qu'on a oublié de faire couper et on va se faire détruire la gueule par sa mère. Bref, quand on y est, la vie, c'est l'aventure, space moutain puissance 10. Et puis en fait, quand j'y repense maintenant, la boulangerie était à 500 m, y'avait 3 voitures dans mon village paumé et le chien était un yorkshire un peu présomptueux. Ben la vie, c'est pareil. C'est un chemin tortueux. Quand on est dedans, on a les boules, on fait la flipette, on croit que toute notre vie dépend de la note de musique du premier semestre, du rateau de Marie Charlotte à la sortie du CP... et quand on regarde ça au bout du chemin, qu'on a un peu pris d'altitude, on se rend compte qu'il n'y avait en fait qu'une seule route, certes tourmentée, mais plutôt nette. Et qu'avoir croisé tous ces mammouths n'y a finalement pas changé grand chose.
Tout ça pour dire quoi? Ben que même si ma vie m'apparait exotique, elle est pourtant d'une limpidité extraordinaire. Une petite fille analphabète vous dirait qu'elle serait aussi clario que la Quézac. C'est bizarre je trouve.
Reste à savoir si le mammouth avec lequel je fais un combat d'yeux actuellement finira par me foutre un coup de boule assez efficace pour mettre un peu de bordel dans tout ça.

