On parle souvent du rôle de la mère, un peu moins (dans la pratique, jamais) de celui du père. A croire que Papa ne fait que du bricolage à la maison.

Cet article pourrait s'appeler "mon père, cet anti-héros". Oui, mon père est un anti-héros, c'est ce qui en fait à mes yeux le plus grand papa de la terre. 2m58 au bas mot.
Mon père a donc hérité, comme tous ses camarades générationnels, du rôle ingrat d'assurer la transition dans les années de la libération de la femme. J'imagine que ce ne fut pas facile, car malgré l'évidence de la libération de la femme, il devait y avoir une sacrée pression machiste à l'époque. "Hé oh fiston, t'es pas une tafiolle, tu vas pas te faire emmerder par ces grognasses". Il faut quand même avoir des couilles pour refuser le discours dominant.
Si l'on regarde de loin, mon père est assez old school dans l'esprit : papa bricole, papa passe beaucoup de temps au boulot, papa n'aime pas quand on l'emmerde le week end, papa roupille n'importe où.... bref, un papa de son époque, qui aurait pu très bien mal tourner.
Pourtant, quand on y regarde de plus près, il est ultra moderne dans l'esprit (ah la la, le progrès) : il n'a jamais exprimé le moindre sentiment de supériorité à l'égard de ma mère ("tu crois pas qu'c'est moi qui vais aller la chercher cette bière!"), n'a jamais eu à nous inculquer une égalité qui était l'évidence dans la famille ("laisse ta mère tranquille, elle fait la vaisselle"), n'a jamais considéré les tâches ménagères comme étrangères à un homme ("un quoi? un bas lait?").
Par ailleurs, il ne nous a jamais éduqué dans le culte de la virilité ("hey oh, tu vas quand même pas faire de la danse, c'est pourles tarlouzes"). Bon, bien sûr, je me suis ramassé quelques allers-retours qui nous ont marqués, moi et mon popotin, mais jamais il ne nous a poussé à se venger de quelqu'un par la violence. Ah si une fois. Il a dit à mon frère de se venger. Et mon frère a donné un coup de marteau à mon voisin...
Certains jugent certainement que mon père est quelqu'un d'effacé. D'une, je les emmerde. De deux, je dirais qu'ils sont dans le faux. Il n'est pas quelqu'un d'effacé mais quelqu'un qui sait s'effacer. Nuance, comme diraient les couleurs.
Et au final, quand j'ai fusillé tous mes modèles masculins ce week end, un seul restait là, debout au milieu du désert. C'était lui. Et il n'en a retiré aucune fierté. C'est ça que j'apprécié chez lui : l'évidence de la justesse. Je ne sais pas si j'arriverai à être aussi chouette que lui plus tard. En tout cas, il envoie du gros pâté mon père, c'est un peu le plus beau et le plus fort.
Après Popeye peut être.
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