Rassurez vous, je suis troisième dan d'anglais, je sais ce que j'ai fait. Aujourd'hui nous allons parler d'une loi bine connue, au même titre que celle de Murphy (= loi de l'emmerdement maximum) : je veux bien sur parler de la loi du plus fort.
Il est un fait qui, je crois, caractérise l'animalité, c'est l'application de la loi du plus fort. C'est un peu le sens caché de l'évolution d'ailleurs. Mais pour moi, ce qui nous différencie essentiellement des autres animaux, c'est bien le fait qu'on essaie de renier cette loi.
Prenez la société en place aujourd'hui : c'est quand même bien une invention très humaine. Tu bosses pour toi d'accord, mais tu bosses aussi pour les autres : tu payes des impôts, tu aides à construire des routes (pas avec tes petits bras pas musclés bien sûr), tu remplis l'assiette des vieux dans les maisons de retraite, tu aides les chômeurs à retrouver du boulot et donc, tu les aides à t'aider peut être plus tard (c'est bien compliqué...), tu payes Raymond Barre pour qu'il dorme au Sénat...
Donc, à la louche, à quelques brouettes près, la société, c'est avant tout renoncer à exercer la loi du plus fort. Et comme ça, tout le monde aura sa part du gâtal (un gâtal, des gâteaux).
Pourtant, il y a des restes d'inhumanité en nous qui me pètent gentiment les rouleaux. Ce sont ce que j'appellerais les "substituts à l'explosage de gueule". Ainsi, on a inventé le sport pour pouvoir quand même évacuer nos pulsions les plus primaires. "Toi, je vais te défoncer la gueule... en te mettant un but et non pas en t'arrachant la tête à coups d'épée en acier rouillé". On substitue quoi.
Donc, le sport est un terrain de l'expression de la loi du plus fort. Mais il y en a plein d'autres :
- le boulot : ton chef montre ses gros muscles en te sucrant ta promotion.
- l'école : le premier de la classe laisse le cancre dans sa merde à l'exam de géo.
- la drague : Brian te pique Jennifer en un sourire alors que tu travailles ton coup depuis la maternelle.
- l'informatique : les geeks prennent leur revanche. Boutonneux à la ville, ils t'emmerdent avec des virus le soir.
- la richesse : Brian (toujours lui) te montre son nouveau jean Diesel et toi tu caches ton bermuda Pantashop.
- les vieux : ils te prennent pour un con si tu n'as pas leur expérience dans l'épluchage de patates.
- les jeunes branleurs : ils se foutent de toi si tu ne connais pas la dernière marque de lunettes à la mode.
- et caetera, et caetera...
Bref, je suis souvent désespéré de voir que nous succombons tous un jour ou l'autre à l'envie de nous montrer le plus fort et d'écraser les autres. Enfin, après tout, je trouve ça "normal". Ce que je trouve moins, c'est que ce mode de fonctionnement revienne "à la mode".
Prenons le maillon faible. Même si ça casse pas trois pattes à un canard, tout le monde se fait gentiment humilié pendant une heure pour gagner 200€. Et personne ne dit rien. Imaginez que votre chef vous dise les mêmes choses... Je pense qu'il y aurait quelques syndicalistes prêts à en découdre.
Prenons les castings de télé réalité. Les castings sont marrants pour nous mais d'une violence finalement terrible. Certes, Raymond chante comme un camembert pourri. Mais est-ce bien nécessaire de l'humilier avec quelques bonne vanne souflée par la production. Pas sûr.
Je trouve généralement que l'on devient de plus en plus tolérant devant l'expression de la loi du plus fort. Ca s'est ressenti pendant les élections. Grosso modo, une bonne partie des gens pensent aujourd'hui qu'il faut mettre en avant le mérite. Bien sûr. Mais je me doute bien que cela se fera au détriment de ceux qui n'ont pas la chance de faire valoir leur mérite.
Bref, mettons nous tous un costume de barbapapa et faisons l'amour tendrement. "Zut à la fin" (c). Un peu de tendresse, valà ce qui nous faudrait.
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