Croustibat est né en 1976, dans une banlieue abandonnée du nord de la France. Chômage, alcoolisme et violence seront son lot quotidien pendant plusieurs années. Mais décrivons un peu sa famille.Son père, maquereau de son état, travaille dans un fjord norvégien. Toujours parti en mer, il ne revient que le vendredi, puisque le vendredi, ces racailles de bouts de viande sont mises au placard par ces sauveurs de catholiques. Quand il revient, il est généralement bourré à l'eau de vie d'algues, il frappe ses gosses et sa femme... ah, ces maquereaux, quelle bande de putes (on l'avait pas vu venir celle-là!).
Sa mère est une gracieuse truite saumonière. Enfin c'était. Certes, avant de rencontrer son maquereau de mari, elle travaillait dans une boite, le "petit navire". Elle y dansait sur des bars (re-blague) pour tous les anguilles qui vadrouillent aux quatre coins de la grande bleue. Mais en rencontrant son mari, elle décida de se consacrer à ses enfants.
Ses enfants justement. Ils sont au nombre de trois. Il y a tout d'abord eu Marie le thon. Marie avait eu la lourde tâche d'être l'ainée de la famille. Elle s'en accomoda fort bien. D'ailleurs, elle avait beaucoup de temps à elle, vu qu'elle n'était pas très belle (re-re-blague). Heureusement, pour se consoler sentimentalement, elle avait sa copine Mayonnaise, elles vont si bien ensemble (re-re-re-blague(je les marque parce que j'ai pas envie de m'être fait chier pour rien!)).
Le deuxième enfant, c'était Lenny, un gros bar de huit kilos. Ses potes l'appelaient le gros lenny bar (je mérite la légion d'honneur pour cette blague). Lenny était un sale branleur de bar, il n'en foutait pas une de la journée et piquait des coquillages dans le porte-coquille de sa mère. Sa vie se résumait à sniffer de la graisse de phoque et à boire des bières salées.
Et puis, bien plus tard, vint au monde un petit poisson jaune. Alors celui-là, son père se demande encore aujourd'hui s'il n'était pas le fils du facteur. Déjà, il était jaune. Et puis, il avait cet air de plie bien connu des postiers (standing ovation pour cette blague préparée depuis 10 km). Non, ce petit n'était pas comme les autres. Il fallait le punir. Puisqu'une anguille avait dû sauter sa femme en souvenir du bon vieux temps, son père décida de l'habiller des mêmes habits que le présumé père de cet enfant pour rappeler la faute a sa femme.
C'est pourquoi le jeune poisson jaune se retrouva affublé d'une marinière et d'un petit bob blanc et bleu. Imaginez la honte à la crèche "l'aquarium" quand Croustibat s'est ramené avec ses habits du siècle dernier : "ouah l'autre, il est habillé comme mon grand père!", "la honte, tu joues dans la croisière s'amuse Croustibat?!". Bref, la jeunesse de Croustibat fut un long calvaire.
Pour en finir avec les moqueries, Croustibat se mit donc à la musculation (si un jour, on m'avait dit que j'écrirais une telle phrase, je ne l'aurais pas cru). Et il devint le fier guerrier que nous connaissons tous. Des nageoires grosses comme des bûches canadiennes, un sourire à transfomer la première sardine en barquette Connétable... par contre, il conserva son déguisement de marin, qui devint finalement trop petit : mais il ne voulait pas renier toute son enfance.
Ensuite, il fit la carrière qu'on lui connait. Mais tout ça ne serait pas arrrivé si une personne ne l'avait remarqué, un jour qu'il faisait des abdos-nageoires (et oui, les poissons n'ont pas de fessiers) sur la plage de Dunkerque. Cet homme passait par hasard dans le coin. Il venait de tourner une publicité pour Findus et ses bâtonnets panés. "Fichtre, jamais nous ne vendrons un seul de ces bâtonnets dégueux!" se disait il quand il vit là, sur la plage abandonnée, coquillages et moules cassées (et oui, y a pas de crustacés sur les plages), le beau Croustibat faire ces abdos. "I want you" se dit-il avec un accent franchouillard à foutre une crise cardiaque à la reine d'Angleterre.
Il alpagua le jeune colin directement sur la plage :
- oh là mon jeune ami! (oui, ce personnage avait une façon de parler pas très catholique)
- oui monsieur, vous dési...
- finis ta phrase mousaillon!
- vous êtes...
- le capitaine Igloo oui.
- ça alors!
- si ça peut te rassurer, vieux trouffion (quelle vulgarité, je ne cautionne pas du tout, ndlr), je ne suis pas plus capitaine que tu n'es amiral. Mais que veux-tu, faut bien faire rêver les gonzesses.
- j'imagine que vous n'êtes pas venu me voir pour me parler de vos histoires de cul?
- j'aime ton franc parler mon garçon! Non, je ne suis pas venu te faire la causette, je suis pas une pédale (et en plus, il est homophobe, ndlr). Non, tu m'intéresses mon garçon.
- ah bon?
- oui, figure-toi que j'ai besoin de faire rêver la ménagère de moin de 50 ans. Et c'est pas avec mon oeil de verre et ma jambe de bois qu'elle va mouiller, la ménagère. Par contre toi, t'es bandant!
- hey oh du calme capitaine, vous êtes peut être mon ainé de 50 ans, ca ne m'empêchera pas de vous casser la gueule.
- Décidemment tu me plais mon garçon, je vais faire de toi mon digne successeur.
Et c'est ainsi que naquit la célèbre marque de bâtonnets de colin délicieusement panés : les croustibats.
Belle revanche sur la vie, vous ne trouvez pas? Rendez-vous compte : il est parti de rien et regardez la carrière qu'il nous fait. C'est succès sur succès. Nan vraiment, le monde n'est pas si injuste pour qui veut bien s'en donner la peine.
Cet article pourrait s'appeler "mon père, cet anti-héros". Oui, mon père est un anti-héros, c'est ce qui en fait à mes yeux le plus grand papa de la terre. 2m58 au bas mot.

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